Un jeune homme regardait bizarrement la fille rousse. Lui aussi faisait semblant d’être intéressé par un livre. Lui aussi lui jetait de fréquents regards.
Florien en resta bouche bée quelques secondes, le temps qu’un mince filet de bave vienne s’écouler sur une des pages de son livre. Il n’était pas la seule victime. Ces êtres ne s’attaquaient pas qu’à lui. Mais à d’autres aussi ! Peut être à tous les humains ? Ou alors… ce type avait-il les mêmes capacités que lui ? Le pouvoir de reconnaître ces… créatures ? Comment les appeler ?Ont-elles le téléphone ? Florien secoua la tête. Encore cette deuxième voix. Celle de ses ennemies ?. Non, c’était une voix d’homme. La sienne en fait. Tu fais de l’humour pour ne pas devenir fou. Ta gueule. Où j’en étais ? A comment nommer ces créatures. Oui.
Sorcières semblaient le meilleur qualificatif. Ces créatures détruisaient votre être, votre moi profond comme on disait dans un autre livre. Elle vous manipulait, vous jetait des sorts pour prendre votre contrôle.
On le secoua par l’épaule.
- Monsieur ? Vous allez bien ?
Florien se retourna vers celui qui le secouait : un vendeur. Humain. Ça se sentait.
- Et pourquoi j’irais pas bien ? Lui rétorqua Florien en essayant de se concentrer sur la réalité.
Le vendeur hésita :
- Vous avez l’air souffrant… Et votre livre aussi…
Florien regarda le livre en question. Une tâche sombre ornait l’une des pages. Une tâche humide. Ce n’était pas vraiment un livre d’art d’ailleurs. Enfin… On devinait nettement une jeune femme nue en noir et blanc sous la tâche. Florien referma violemment le livre et le prit sous le bras. Il s’adressa au vendeur d’un ton glacial :
- Je ne vois vraiment pas de quoi vous voulez parler. Dans cinq minutes, ce livre m’appartiendra.
Florien se détourna du vendeur, heureux de lui avoir cloué le bec, et se dirigea vers les caisses. Le vendeur le suivi quelques secondes de l’œil, haussa les épaules avec un petit sourire narquois et retourna à ses occupations.
Rouge de honte, Florien régla son livre en évitant de regarder la caissière. Il s’en voulait de ne pouvoir contrôler ses émotions. Allons, c’est un photographe célèbre. Il a fait des expositions. Personne ne te prend pour un pervers. Tout le monde oui ! C’est bien présenté mais c’est du cul ! La caissière là, elle pense : tiens encore un qui n’ose pas acheter play boy et qui se rabat sur un pseudo livre d’art… C’est faux ! Et puis c’est très joli. On peut regarder une femme sans penser au sexe. Non ?
- Au revoir monsieur. Lui répéta la caissière.
Florien lui rendit un sourire crispé. Il était en train de bloquer la caisse. Il s’éloigna de quelques pas. En tout cas, cette caissière était la preuve que l’on pouvait regarder une femme sans avoir les idées qui dérapent. En la regardant, on pensait à tout sauf au sexe. Et encore moins à de l’art...
Où était la sorcière ? Florien jetait de bref coup d’œil autour de lui. Il l’aperçut, là las, encore dans les rayons avec son amie. Elles continuaient à rire et continuèrent encore en sortant du magasin.
Florien leur emboîta le pas. C’était à lui de la retrouver. Elle n’allait pas se moquer longtemps de lui. Non mais sans blague.
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