Samedi 7 novembre 2009

Un jeune homme regardait bizarrement la fille rousse. Lui aussi faisait semblant d’être intéressé par un livre. Lui aussi lui jetait de fréquents regards.

Florien en resta bouche bée quelques secondes, le temps qu’un mince filet de bave vienne s’écouler sur une des pages de son livre. Il n’était pas la seule victime. Ces êtres ne s’attaquaient pas qu’à lui. Mais à d’autres aussi ! Peut être à tous les humains ? Ou alors… ce type avait-il les mêmes capacités que lui ? Le pouvoir de reconnaître ces… créatures ? Comment les appeler ?Ont-elles le téléphone ? Florien secoua la tête. Encore cette deuxième voix. Celle de ses ennemies ?. Non, c’était une voix d’homme. La sienne en fait. Tu fais de l’humour pour ne pas devenir fou. Ta gueule. Où j’en étais ? A comment nommer ces créatures. Oui.

Sorcières semblaient le meilleur qualificatif. Ces créatures détruisaient votre être, votre moi profond comme on disait dans un autre livre. Elle vous manipulait, vous jetait des sorts pour prendre votre contrôle.

On le secoua par l’épaule.

- Monsieur ? Vous allez bien ?

Florien se retourna vers celui qui le secouait : un vendeur. Humain. Ça se sentait.

- Et pourquoi j’irais pas bien ? Lui rétorqua Florien en essayant de se concentrer sur la réalité.

Le vendeur hésita :

- Vous avez l’air souffrant… Et votre livre aussi…

Florien regarda le livre en question. Une tâche sombre ornait l’une des pages. Une tâche humide. Ce n’était pas vraiment un livre d’art d’ailleurs. Enfin… On devinait nettement une jeune femme nue en noir et blanc sous la tâche. Florien referma violemment le livre et le prit sous le bras. Il s’adressa au vendeur d’un ton glacial :

- Je ne vois vraiment pas de quoi vous voulez parler. Dans cinq minutes, ce livre m’appartiendra.

Florien se détourna du vendeur, heureux de lui avoir cloué le bec, et se dirigea vers les caisses. Le vendeur le suivi quelques secondes de l’œil, haussa les épaules avec un petit sourire narquois et retourna à ses occupations.

Rouge de honte, Florien régla son livre en évitant de regarder la caissière. Il s’en voulait de ne pouvoir contrôler ses émotions. Allons, c’est un photographe célèbre. Il a fait des expositions. Personne ne te prend pour un pervers. Tout le monde oui ! C’est bien présenté mais c’est du cul ! La caissière là, elle pense : tiens encore un qui n’ose pas acheter play boy et qui se rabat sur un pseudo livre d’art… C’est faux ! Et puis c’est très joli. On peut regarder une femme sans penser au sexe. Non ?

- Au revoir monsieur. Lui répéta la caissière.

Florien lui rendit un sourire crispé. Il était en train de bloquer la caisse. Il s’éloigna de quelques pas. En tout cas, cette caissière était la preuve que l’on pouvait regarder une femme sans avoir les idées qui dérapent. En la regardant, on pensait à tout sauf au sexe. Et encore moins à de l’art...

Où était la sorcière ? Florien jetait de bref coup d’œil autour de lui. Il l’aperçut, là las, encore dans les rayons avec son amie. Elles continuaient à rire et continuèrent encore en sortant du magasin.

Florien leur emboîta le pas. C’était à lui de la retrouver. Elle n’allait pas se moquer longtemps de lui. Non mais sans blague.

 

***

Par Absolument Fabuleux
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Lundi 2 novembre 2009

Florien leva les yeux de la page. Il n’avait absolument rien compris à ce qu’il venait de lire. Pourtant il s’était concentré. Le brouhaha du rayon librairie réapparut autour de lui, le faisant sursauter. Ce faisant, il fit sursauter une autre cliente qui se trouvait près de lui. Elle s’éloigna prudemment. Même en pleine semaine, il y avait du monde dans ce magasin. S’en était presque insupportable. Enfin pour lui, parce que pour le patron, cela devait être… satisfaisant ? Florien réessaya de se concentrer sur la page du livre. Un livre sur les sciences occultes. C’est comme cela que cela se disait. Avant, lorsqu’il venait se promener ici, il pensait que ce rayon concernait la sexualité. Le dictionnaire l’avait démenti. Ce livre devait être très intéressant. Il comprenait le sens général du propos mais les mots utilisés étaient trop compliqués pour lui. Probablement que plus les mots utilisés étaient compliqués et plus le sujet faisait scientifique.

Ça picotait.

Ça picotait le long de sa moelle épinière. A la base de son cou. Florien su. Un être maléfique aux apparences de femme était près de lui, le regardait. Il leva la tête et la tourna automatiquement vers sa droite.

La jeune fille rousse. Avec une copine. Elle regardait des livres sur la religion. Peut être essayait-elle de lui faire parvenir un message ?

Elle est indéniablement belle se dit Florien.

L’ovale parfait de son visage évoquait la fraîcheur d’un matin d’été.

Ses cheveux roux ondulaient en cascade et recouvraient comme une cape ses épaules.

La fine ligne de sa nuque laissait deviner, par extension, par imagination, un corps fin et souple.

Ses mains toutes aussi fines évoquaient la douceur d’une femme amoureuse.

Ses yeux, des icebergs acérés qui vous retournaient l’âme, la hachaient menue, détruisaient les moindres recoins de son cerveau…

Florien se secoua d’un coup et détourna vivement la tête. Elle avait essayé de l’avoir pendant qu’il l’admirait ! Jamais il n’avait rencontré une telle force psychique, une telle volonté manifeste de détruire !

L’avait-elle suivi ? C’était lui qui devait la retrouver !

Florien, tremblant de peur et de rage, s’éloigna prudemment de quelques mètres. Il ouvrit au hasard un autre livre. Un quelconque livre d’art. Il jeta un coup d’œil vers la harpie, la sorcière amatrice d’âme, de sang et de mort. Elle souriait tout en parlant à son amie. Ou son démon. Elle faisait son possible pour paraître humaine. Elle était très douée. Florien revint à son livre et tourna furieusement les pages, faisant encore fuir quelques clients. Il jetait des petits coups d’œil entre deux pages, aux démons. Au bout de quelques pages, il s’arrêta. Net.

Par Absolument Fabuleux
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Jeudi 29 octobre 2009

Benoît grogna son assentiment en commençant à fouiller dans les poches de sa veste.

Anaïs continua, ses mains voletant de son menton vers Benoît au rythme de ses paroles :

- Elle devait bien gagner sa vie d’une manière ou d’une autre. Elle avait donc un travail illégal. Elle était souvent dans ce bar. Donc son travail avait un rapport avec ce bar, avec les clients. Pourrait-elle être prostituée ? ( Anaïs parut réfléchir une seconde). Je ne crois pas. Elle n’était pas vêtue de manière affriolante quand on a retrouvé le corps. Pas maquillée de manière outrageuse. Elle était juste un peu sexy. Tchersai nous disait qu’elle n’était pas entraîneuse en supposant que nous cherchions à savoir si elle était la prostituée. Il ne tenait pas à être arrêté comme maquereau. Peut être travaillait-elle à son propre compte mais avec l’accord de Tchersai. Une sorte d’entraîneuse limitée à pousser à boire et se faisant payer sur une partie des bénéfices.

Ils marchèrent quelques mètres en silence. Benoît, une cigarette à moitié éclatée aux lèvres, cherchait maintenant son briquet.

- On en est toujours aux conjonctures reprit Anaïs.  «  Il faut voir son compte en banque et là on sera fixé. Les mouvements de fonds nous renseigneront sur ses revenus. S’il n’y en a pas non plus : C’est qu’elle touchait de l’argent liquide.

- De même ces mouvements nous renseigneront sur ses dépenses compléta Benoît en laissant tomber sa cigarette. Il mit les mains dans les poches de son imperméable. Quelques instants après ses épaules se courbèrent un peu plus que de coutume : il venait de trouver son briquet.

Anaïs regarda l’heure :

- On a le temps d’aller voir sa banque. Il faut juste passer au commissariat pour regarder son nom sur son carnet de chèques.

- On peut aussi conclure que le meurtrier n’est pas un voleur pour le lui avoir laissé fit remarquer Benoît.

Il ajouta :

- Vous n’auriez pas une cigarette ?

 

***

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Mardi 27 octobre 2009

- Encore moins ! Je la vois à l’entrée, ok, mais je ne sais pas quand, ni comment, ni avec qui elle sort ! Tchersai s’agitait dans son fauteuil au rythme de ses paroles. Sa bedaine tressautait joyeusement à chacune des ses exclamations. Mais qu’est ce qu’elle a fait ?

- Vous avez des employés hommes au club ? Demanda Benoît en se regrattant sa barbe naissante.

- Euh, oui, bien sûr, dit Tchersai un peu étonné du changement de direction. « Deux videurs et un barman.

- Et ils sont tatoués ? Demanda Benoît, son index touchant nonchalamment la marque du stylo sur sa joue.

Tchersai fixa quelques secondes la marque. Qu’est ce qu’il a sur la joue ? Et qu’est ce que c’est que cette question ? Il est peut être aussi tordu que sa collègue lui. Il répondit :

- Je ne sais pas trop. Ces gars là sont toujours peinturlurés en général. Un petit dessin, ça pose son videur. Ça attire les filles. (Il jeta un petit coup d’œil à Anaïs) enfin certaines. Et puis, ils font ce qu’ils veulent. Tout ça, ça ne se voit pas quand ils sont en tenues.

- Quand arrivent-ils au club ? Demanda Anaïs en regardant sa montre.

Ah, en fin de compte, ça l’intéresse peut être…Et lui aussi ? ? Mais où on va ? Et Valérie, on s’en occupe plus ? C’était pas du shit alors ?

- Le barman, vers sept heure histoire de préparer quelques trucs. Tout comme les … serveuses. Les videurs, 1 demi-heure avant l’ouverture.

Anaïs sortit un petit carnet de la poche de son blouson :

- On peut avoir leurs noms ?

C’était possible. Anaïs et Benoît prirent ensuite congés de M Tchersai avec plus ou moins de froideur.

Ils décidèrent de retourner au commissariat comme ils étaient venus : à pieds. Les premières centaines de mètres furent silencieux. Une petite récupération après la tension psychologique de tout interrogatoire, même le plus simple. Anaïs se décida enfin à prendre la parole :

- La victime n’était pas entraîneuse.

Benoît hocha la tête et entreprit de chercher un paquet de cigarettes dans ses poches d’imper.

- Donc elle devait avoir un autre travail. Ou toucher le RMI.

Benoît retournait toujours ses poches.

- Le problème est que l’on n’a rien trouvé chez elle : aucun bulletin de salaire, pas de relevé de comptes, aucun papier attestant qu’elle touchait un quelconque revenu minimum ou allocation. Rien. Son bureau était plein de papiers à lettre et d’enveloppes vierges. Des prospectus aussi.

Par Absolument Fabuleux
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Mardi 20 octobre 2009

M. Tchersai perdit son sourire, sa voix sirupeuse et un peu de son assurance :

- J’essaye de vous décrire un avenir plus radieux mademoiselle. Il n’y a aucune proposition malhonnête. Ce sont des propositions d’ailleurs…

- Très bien, coupa Benoît qui avait fini de tester son environnement. « Si on passait à des préoccupations plus sérieuses ? » Benoît se mit à tripoter dans les poches de son imperméable d'un air affairé.

Tchersai le regarda un peu étonné, l’ayant complètement oublié. Anaïs en profita pour s’asseoir dans l’autre fauteuil en face du bureau. Elle sortit de la poche de son blouson, posé sur ses genoux, une photo qu’elle tendit à Benoît. Celui-ci l’aperçut en levant la tête, émit un « ah » et fit passer la photo à M. Tchersai.

- Vous la connaissez affirma Benoît.

Tchersai resta quelques secondes à regarder la photo avant de déclarer d’un air indifférent :

- Quoi qu’elle ait fait, je ‘ai rien à voir avec elle.

- Vraiment ? elle travaillait ici ? Demanda Anaïs.

- Pas du tout. Je ne la connais pas. Il retendit la photo à Anaïs.

Celle-ci la repoussa vers lui.

- Regardez bien l’arrière plan. Ne serait ce pas votre club par hasard ?

Tchersai se renfonça dans son fauteuil et s’éventa avec la photo.

- D’accord. C’est mon club. C’est une simple cliente…

- Ça ressemble à un club réservé aux hommes votre boui-boui pourtant, Dit Anaïs.

Tchersai fronça les sourcils. Le ton indifférent était oublié :

- Un boui-boui ? ! Mon club est loin d’être un boui-boui comme vous dites ! C’est… C’est… (Il étouffait sous l’indignation) C’est une maison respectable…

- Et close assena Anaïs à son tour imperturbable.

- Pas du tout ! Vociféra Tchersai. Je respecte la loi ! Martela t’il sur l’accoudoir de son fauteuil. Benoît le regardait, avachit dans son fauteuil, l’air dubitatif, un index sous la lèvre. Anaïs arborait un petit sourire en coin. Voyant cela, Tchersai se calma d’un coup.

- Mon club accueille surtout des célibataires, il est vrai. Mais ils font ce qu’ils veulent entre eux. Quoi. Je ne peux pas aller contre la volonté d’adultes… plaida t’il avec une voix légèrement geignarde.

- Il n’y a pas d’hôtesses ? Demanda ingénument Anaïs.

- Il faut bien mettre un peu d’ambiance ! En tout cas Valérie était une cliente. Point.

- Une bonne cliente alors si vous l’appelez par son prénom, dit Benoît.

Tchersai se reprenait. Affermissant sa voix et rougissant même d’un léger énervement il répondit sèchement :

- Mais oui ! Et alors ? J’appelle tous mes bons clients par leurs prénoms. Où est le mal ?

- Vous autorisez souvent vos clients à prendre des photos dans votre club ? Dit Anaïs.

- Jamais ! Répondit aussitôt Tchersai. Il fronça les sourcils, regarda la photo qu’il tenait à la main et reprit :

- Enfin, c’est exceptionnel ( Il faut que j’me reprenne. Faut que j’me calme pour pas me faire manipuler. Faut que je réfléchisse) « Je sais pas qui a pris celle-ci, mais c’est sûrement sans flash.

- Valérie venait combien de fois par semaine ? Demanda Benoît en grattant son menton mal rasé.

Si je répond trop vite, j’aurais l’air de vraiment bien la connaître. Qu’est ce qu’elle a fait cette conne ? Qu’est ce que je dois répondre ?

Tchersai se décida à répondre :

- 2, 3 fois par semaine je pense. C’est pour ça que je connaissais son prénom d’ailleurs.

Bien joué.


- Que faisais t’elle dans le club ? Demanda Anaïs en croisant ses jambes. Benoît se demanda si c’était par habitude ou pour déstabiliser le suspect. Consciemment ou inconsciemment ?

- C’était une cliente ! Martela mot à mot Tchersai. Elle est bien foutue mais têtue. Vraiment bien foutue.

- Oui, mais que faisait-elle ? Insista Anaïs.


Ils vont me le dire quand c’ qu’elle a fait ?Elle est quand même pas allé vendre du shit hors de la boîte. Allez, j’parie qu’est ça. Oh merde... J’connais un avocat ? Comment ça se passe ? J’devrais regarder des feuilletons français, j’connaîtrait la procédure…


- Je suis désolée de vous déranger, mais il faudrait quand même répondre dit Anaïs.

Il est abruti ou quoi. Ça fait 5 minutes qu’il répond à mes questions avec un temps de retard. Et ça empire de plus en plus. Il a un problème de piles ? Il est émotif ? Ou il essaye de réfléchir…


- Euh oui, pardon dit M. Tchersai gêné. Elle faisait ce que font toutes les clientes. Boire, rire, danser, draguer… ( vendre du shit) Je sais pas moi ! S’écria Tchersai. ( Pourvu qu’elle ait pas vendu du shit. Pourvu qu’elle m’ait pas balancé. Je nierais de toute façon). Son teint rouge fraise s’attardait.

- Draguer. Elle partait souvent avec un homme ? Demanda benoît à son tour.

- Je suis pas là pour surveiller tout le monde ! Déclara Tchersai.

- Même les très bonnes clientes ? Dit Anaïs.

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